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Théodore Agrippa d'Aubigné !
![]() Auprès de ce beau teint, le lys en noir se change, Le lait est basané auprès de ce beau teint, Du cygne la blancheur auprès de vous s'éteint Et celle du papier où est votre louange. Le sucre est blanc, et lorsqu'en la bouche on le range Le goût plaît comme fait le lustre qui le peint. Plus blanc est l'arsenic, mais c'est un lustre feint, Car c'est mort, c'est poison à celui qui le mange. Votre blanc en plaisir teint ma rouge douleur, Soyez douce du goût comme belle en couleur, Que mon espoir ne soit démenti par l'épreuve, Votre blanc ne soit point d'aconit noirci, Car ce sera ma mort, belle, si je vous trouve Aussi blanche que neige et froide tout ainsi. Au tribunal d'amour, après mon dernier jour, Mon coeur sera porté diffamé de brûlures, Il sera exposé, on verra ses blessures, Pour connaître qui fit un si étrange tour, A la face et aux yeux de la Céleste Cour Où se prennent les mains innocentes ou pures ; Il saignera sur toi, et complaignant d'injures Il demandera justice au juge aveugle Amour : Tu diras : C'est Vénus qui l'a fait par ses ruses, Ou bien Amour, son fils : en vain telles excuses ! N'accuse point Vénus de ses mortels brandons, Car tu les as fournis de mèches et flammèches, Et pour les coups de trait qu'on donne aux Cupidons Tes yeux en sont les arcs, et tes regards les flèches. Ainsi l'amour du Ciel ravit en ces hauts lieux Mon âme sans la mort, et le corps en ce monde Va soupirant çà bas à liberté seconde De soupirs poursuivant l'âme jusques aux Cieux. Vous courtisez le Ciel, faibles et tristes yeux, Quand votre âme n'est plus en cette terre ronde : Dévale, corps lassé, dans la fosse profonde, Vole en ton paradis, esprit victorieux. Ô la faible espérance, inutile souci, Aussi loin de raison que du Ciel jusqu'ici, Sur les ailes de foi délivre tout le reste. Céleste amour, qui as mon esprit emporté, Je me vois dans le sein de la Divinité, Il ne faut que mourir pour être tout céleste. Oui, je suis proprement à ton nom immortel Le temple consacré, tel qu'en Tauroscytie Fut celui où le sang apaisait ton envie : Mon estomac pourpré est un pareil autel. On t'assommait l'humain, mon sacrifice est tel, L'holocauste est mon coeur, l'amour le sacrifice, Les encens mes soupirs, mes pleurs sont pour l'hostie L'eau lustrale, et mon feu n'est borné ni mortel. Conserve, déité, ton esclave et ton temple, Ton temple et ton honneur, et ne suis pas l'exemple De l'ardent boute-feu qui, brûlant de renom, Brûla le marbre cher, et l'ivoire d'Éphèse. Si tu m'embrases plus, n'attends de moi sinon Un monceau de sang, d'os, de cendres et de braise. Vous qui avez écrit qu'il n'y a plus en terre De nymphe porte-flèche errante par les bois, De Diane chassante, ainsi comme autrefois Elle avait fait aux cerfs une ordinaire guerre, Voyez qui tient l'épieu ou échauffe l'enferre ? Mon aveugle fureur, voyez qui sont ces doigts D'albâtre ensanglantés, marquez bien le carquois, L'arc et le dard meurtrier, et le coup qui m'atterre, Ce maintien chaste et brave, un cheminer accort. Vous diriez à son pas, à sa suite, à son port, A la face, à l'habit, au croissant qu'elle porte, A son oeil qui domptant est toujours indompté, A sa beauté sévère, à sa douce beauté, Que Diane me tue et qu'elle n'est pas morte. |
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