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Isaac de Benserade !
![]() Epigramme Je mourrai de trop de désir, Si je la trouve inexorable; Je mourrai de trop de plaisir, Si je la trouve favorable. Ainsi, je ne saurais guérir De la douleur qui me possède; Je suis assuré de périr Par le mal ou par le remède. Sonnet Madame, je vous donne un oiseau pour étrenne Duquel on ne saurait estimer la valeur ; S'il vous vient quelque ennui, maladie ou douleur, Il vous rendra soudain à votre aise et bien saine. Il n'est mal d'estomac, colique ni migraine Qu'il ne puisse guérir, mais sur tout il a l'heur Que contre l'accident de la pâle couleur Il porte avecque soi la drogue souveraine. Une dame le vit dans ma main, l'autre jour Qui me dit que c'était un perroquet d'amour, Et dès lors m'en offrit bon nombre de monnoie Des autres perroquets il diffère pourtant : Car eux fuient la cage, et lui, il l'aime tant Qu'il n'y est jamais mis qu'il n'en pleure de joie. Rien n'égale Paris ; on le blâme, on le louë ; L'un y suit son plaisir, l'autre son interest ; Mal ou bien, tout s'y fait, vaste grand comme il est On y vole, on y tuë, on y pend, on y rouë. On s'y montre, on s'y cache, on y plaide, on y jouë ; On y rit, on y pleure, on y meurt, on y naist : Dans sa diversité tout amuse, tout plaist, Jusques à son tumulte et jusques à sa bouë. Mais il a ses défauts, comme il a ses appas, Fatal au courtisan, le roy n'y venant pas ; Avecque sûreté nul ne s'y peut conduire : Trop loin de son salut pour être au rang des saints, Par les occasions de pécher et de nuire, Et pour vivre long-temps trop prés des médecins. Une foule d'amants, que chez vous on tolère, De vos facilités cherche à s'avantager ; La patience même en serait en colère, Etes-vous un butin qu'il faille partager ? N'avez-vous rien à craindre, et rien à ménager ? Quoi ! tous également attendent leur salaire Avez-vous résolu de me faire enrager A force de vouloir éternellement plaire ? Enfin, si je suis las de ce que cent rivaux Se disputent le prix qu'on doit à mes travaux, Vous devez l'être aussi de ce qu'on en caquette Votre honneur est en proie aux escrocs, aux filous Et si vous excellez en l'art d'être coquette, Je n'excelle pas moins en l'art d'être jaloux. |
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