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Olivier de Magny !

Natif de Cahors comme Clément Marot, épris de Louise Labé, admirateur de Du Bellay et ami de Ronsard, Olivier de Magny (1529-1561) séjourna à Lyon, connut l'Italie et devint secrétaire du roi Henri II. Amours, Soupirs et Odes, ses principaux recueils doivent beaucoup à Pétrarque et touchent par leur grâce subtile.

Je dors quand je veux avec elle

Je l'aime bien, parce qu'elle a les yeux
Et les sourcils de couleur toute noire,
Le teint de rose et l'estomac d'ivoire,
L'haleine douce et le rire gracieux.

Je l'aime bien, pour son front spacieux
Où l'amour tient le siège de sa gloire,
Pour sa faconde et sa riche mémoire
Et son esprit plus qu'autre industrieux.

Je l'aime bien parce qu'elle est humaine,
Parce qu'elle est de savoir toute pleine
Et que dans son coeur d'avarice n'est point.

Mais qui me fait l'aimer d'une amour telle,
C'est parce qu'elle me tient bien point
Et que je dors quand je veux avec elle.

Bienheureux soit le jour

Bienheureux soit le jour, et le mois, et l'année,
La saison, et le tens, et l'heure, et le moment,
Le pays et l'endroict où bien heureusement
Ma franche liberté me feust emprisonnée.
Bienheureux l'astre au ciel d'où vient ma destinée,
Et bienheureux l'ennuy que j'euz premierement,
Bienheureux aussi l'arc, le traict et le tourment
Et la playe que j'ay dans le coeur assenée.
Bienheureux soient les criz que j'ay gettés au vent,
Le nom de ma maistresse appellant si souvent,
Et bienheureux mes pleurs mes soupirs, et mon zelle,
Bienheureux le papier que j'emplis de son loz,
Bienheureux mon esprit qui n'a point de repos,
Et mon penser aussi qui n'est d'autre que d'elle.

Ce qu'en veillant je n'osai de ma vie

Ce qu'en veillant je n'osai de ma vie
Feindre ou penser à mon entendement,
M'est advenu dormant profondément,
Maugré le temps, mon étoile et l'envie;
Si qu'à présent ma plainte poursuivie,
Mon dur travail et mon âpre tourment
Sont effacés, et libéralement
Je remets tout à ma chaste ennemie.
Bien je voudrais que le ciel eût daigné
Faire éternel mon sommeil éloigné,
Pour bienheurer plus longuement mon âme,
Ou, si par mort tel plaisir on acquiert,
Mourir soudain, ainsi que le requiert
L'heureux jouir d'une tant belle dame.

Si d'Amour vient mon gracieux martyre

Si d'Amour vient mon gracieux martyre,
L'effet d'Amour, las ! quoy ? quelle chose est-ce ?
Si bonne elle est, les siens comment oppresse ?
Pourquoy à mal incessamment les tire ?

Si mauvaise est, quell' raison ay je à dire
Doux mon tourment, plaisante ma tristesse ?
Si elle plaist, à quoi plains je sans cesse ?
S'elle deplaist, que m'y vault dueil ou ire ?

O vive mort ! ô mal plaisant à voir !
Comme avez vous sur moy tant de pouvoir,
Puis que voz loix ma volonté n'aprouve ?

O feux jumeaulx ! ô trompeuse esperance !
Vous seulz cousez en moy tant d'inconstance,
Qu'en bien ou mal, content je ne me trouve.

Sur le bord d'un beau fleuve

Sur le bord d'un beau fleuve Amour avoit tendu
Un filé d'or tissu d'un excellent ouvraige,
Et là tout seul assis il sembloit qu'au passage
Il eust quelque gibier longuement attendu.
J'estoy franc et dispost, mais trop mal entendu,
Et mon cœur s'égayoit, mal cault par le rivage,
Quand je le senti prendre et reduyre en servage,
Et tout soubdain Amour l'emmener éperdu.
Cette belle clarté qui le soleil efface
Reluysoit à l'entour, et la main qui surpasse
L'yvoire de blancheur, tenoit ce reth ainsi.
Ainsi donc je fus pris, et remply d'espérance,
De plaisir, de bon heur, et de persévérance :
En si belle prison je demande mercy.


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