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François de Malherbe !
![]() Il n’est rien de si beau comme Caliste est belle : C’est une œuvre où Nature a fait tous ses efforts, Et notre âge est ingrat qui voit tant de trésors, S’il n’élève à sa gloire une marque éternelle. La clarté de son teint n’est pas chose mortelle : Le baume est dans sa bouche et les roses dehors ; Sa parole et sa voix ressuscitent les morts, Et l’art n’égale point sa douceur naturelle. La blancheur de sa gorge éblouit les regards ; Amour est en ses yeux, il y trempe ses dards, Et la fait reconnaître un miracle visible. En ce nombre infini de grâces et d’appas, Qu’en dis-tu, ma raison ? crois-tu qu’il soit possible D’avoir du jugement, et ne l’adorer pas ? Beaux et grands bâtiments d'éternelle structure, Superbes de matière, et d'ouvrages divers, Où le plus digne roi qui soit en l'univers Aux miracles de l'art fait céder la nature. Beau parc, et beaux jardins, qui dans votre clôture, Avez toujours des fleurs, et des ombrages verts, Non sans quelque démon qui défend aux hivers D'en effacer jamais l'agréable peinture. Lieux qui donnez aux coeurs tant d'aimables désirs, Bois, fontaines, canaux, si parmi vos plaisirs Mon humeur est chagrine, et mon visage triste : Ce n'est point qu'en effet vous n'ayez des appas, Mais quoi que vous ayez, vous n'avez point Caliste : Et moi je ne vois rien quand je ne la vois pas. Beauté de qui la grâce étonne la nature, Il faut donc que je cède à l'injure du sort, Que je vous abandonne, et loin de votre port M'en aille au gré du vent suivre mon aventure. Il n'est ennui si grand que celui que j'endure : Et la seule raison qui m'empêche la mort, C'est le doute que j'ai que ce dernier effort Ne fût mal employé pour une âme si dure. Caliste, où pensez-vous ? qu'avez-vous entrepris ? Vous résoudrez-vous point à borner ce mépris, Qui de ma patience indignement se joue ? Mais, ô de mon erreur l'étrange nouveauté, Je vous souhaite douce, et toutefois j'avoue Que je dois mon salut à votre cruauté. Est-ce à jamais, folle espérance, Que tes infidèles appas M'empêcheront la délivrance Que me propose le trépas ? La raison veut, et la nature, Qu'après le mal vienne le bien ; Mais en ma funeste aventure, Leurs règles ne servent de rien. C'est fait de moi, quoi que je fasse ; J'ai beau plaindre et beau soupirer, Le seul remède en ma disgrâce, C'est qu'il n'en faut point espérer. Une résistance mortelle Ne m'empêche point son retour ; Quelque Dieu qui brûle pour elle Fait injure à mon amour. Ainsi trompé de mon attente, Je me consume vainement, Et les remèdes que je tente Demeurent sans événement. Toute nuit enfin se termine, La mienne seule a ce destin, Que d'autant plus qu'elle chemine, Moins elle approche du matin. Adieu donc, importune peste, A qui j'ai trop donné de foi ; Le meilleur avis qui me reste, C'est de me séparer de toi. Sors de mon âme, et t'en va suivre Ceux qui désirent de guérir ; Plus tu me conseilles de vivre, Plus je me résous de mourir. N'égalons point cette petite, Aux déesses que nous récite L'histoire des siècles passés. Tout cela n'est qu'une chimère : Il faut dire pour dire assez, Elle est belle comme sa mère. |
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