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Pierre de Marbeuf !
![]() Et la mer et l’amour ont l’amer pour partage, Et la mer est amère, et l’amour est amer, L’on s’abîme en l’amour aussi bien qu’en la mer Car la mer et l’amour ne sont point sans orage. Celui qui craint les eaux, qu’il demeure au rivage, Celui qui craint les maux qu’on souffre pour aimer, Qu’il ne se laisse pas à l’amour enflammer, Et tous deux ils seront sans hasard de naufrage. La mère de l’amour eut la mer pour berceau, Le feu sort de l’amour, sa mère sort de l’eau, Mais l’eau contre ce feu ne peut fournir des armes. Si l’eau pouvait éteindre un brasier amoureux, Ton amour qui me brûle est si fort douloureux, Que j’eusse éteint son feu de la mer de mes larmes. L'amour de mes pensers, comme de son pinceau, Vous peint à mon esprit, si je clos ma paupière, Je vous vois en dormant, si je suis sans lumière, Pour m'éclairer de nuit vous êtes mon flambeau. Si je suis sur la terre, ou si je suis sur l'eau, Vous me suivez sur terre, et dessus la rivière, Car je vous vois toujours et devant et derrière La croupe du cheval, la poupe du bateau. Encor que de mon corps le vôtre soit absent, A mon esprit toujours votre corps est présent : Concevez-vous cela, ma divine maîtresse ? Si pénétrer les corps par son agilité Est la propre action de la divinité, L'amour m'avait bien dit que vous étiez déesse. Babylone a vanté ses murailles de brique, Rhode a fait renommer son colosse orgueilleux, Et l'Égypte a fait cas des sommets sourcilleux D'une masse de pierre admirable en fabrique. Éphèse aimait son temple ainsi qu'une relique, Semiramis avait des jardins merveilleux, Le tombeau de Mausole était miraculeux, Et ne lui cédait pas le Jupiter olympique. Les anciens ont dit merveilles en leurs vers Des miracles premiers qu'on vit en l'univers, Mais moi j'ai pour sujet la merveille seconde. Ô ma Philis, alors que je décris vos yeux, Célèbre qui voudra sept miracles du monde, Je réserve à ma plume un miracle des cieux. Cet Hiver en dormant je songe que ma flore, Voulant récompenser mes peines et mes pleurs, Me caresse, me baise, et me promet encore De me garder le fruit de ces premières fleurs. Ainsi durant la nuit se lève mon aurore, Afin de m'assurer que les destins meilleurs Dans cette vision mettaient un ellébore, Qui purgeant mon esprit guérissait mes douleurs. Mais tandis que ma main à l'arrêter s'emploie, Ce corps subtil s'écoule, et moi dans cet effort Je m'éveille en criant : " ô cause de ma joie, Sommeil, l'on vous a cru le frère de la mort, Mais puisque vos faveurs m'ont fait baiser Silvie, Je vous crois bien plutôt le père de ma vie ! " Je disais l'autre jour ma peine et ma tristesse Sur le bord sablonneux d'un ruisseau dont le cours Murmurant s'accordait au langoureux discours Que je faisais assis proche de ma maîtresse. L'occasion lui fit trouver une finesse : Silvandre, me dit-elle, objet de mes amours, Afin de t'assurer que j'aimerai toujours, Ma main dessus cette eau t'en signe la promesse. Je crus tout aussitôt que ces divins serments, Commençant mon bonheur, finiraient mes tourments, Et qu'enfin je serais le plus heureux des hommes. Mais, ô pauvre innocent, de quoi faisais-je cas ? Étant dessus le sable elle écrivait sur l'onde, Afin que ses serments ne l'obligeassent pas. |
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