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Clément Marot !

Son père était poète et valet de chambre de François 1er. Clément Marot, né à Cahors en 1497, hérita de la charge et du talent. Poursuivi en France pour sympathies protestantes, il vécut à la cour de Marguerite reine de Navarre, puis à Ferrare et à Venise, rentra en France, partit pour Genève et, toujours menacé, s'installa à Turin où il mourut en 1544. Son oeuvre, délicate et charmante, touche par sa simplicité.

Pour Anne d'Alençon

Dedans Paris, ville jolie,
Un jour passant mélancolie,
Je pris alliance nouvelle
À la plus gaie damoiselle
Qui soit d'ici en Italie.

D'honnêteté elle est saisie,
Et crois, selon ma fantaisie,
Qu'il n'en est guère de plus belle
Dedans Paris.

Je ne vous la nommerai mie,
Sinon qu'elle est ma grande amie ;
Car l'alliance se fit telle
Par un doux baiser que j'eus d'elle,
Sans penser aucune infamie,
Dedans paris.

A Etienne du temple

Tant est subtil, et de grande efficace
Le tien esprit, qu'il n'est homme qui fasse
Chose qui plus honneur et los conserve.
Et ce qu'as fait, roi, seigneur, serf ne serve
Ne le fit onc : je mets Raison en face.

Qui veut descendre en la vallée basse,
Monté doit être avant en haute place :
Mais ton esprit tout le contraire observe,
Tant est subtil.

Descendu es des Temples, quant à race :
Et puis monté au temple, quant à grâce,
Je dis au temple excellent de Minerve.
Bref, ton descendre est d'antique réserve,
Et ton monter le ciel cristallin passe,
Tant est subtil.


De celui de qui l'amie a fait nouvel ami

Jusque à la mort Dame t'eusse clamée,
Mais un nouveau t'a si bien réclamée
Que tu ne veux qu'à son leurre venir :
Si ne peux-tu contre moi soutenir,
Pourquoi l'amour dût être consommée.

Car en tous lieux toujours t'ai estimée,
Et si on dit que je t'ai déprimée,
Je dis que non, et le veux maintenir
Jusque à la mort.

Dieu doint que pis tu n'en sois renommée :
Car s'il est su, tu en seras nommée
Femme sans coeur, qui ne se peut tenir
D'aller au change, et à grand tort bannir
Celui qui t'eût parfaitement aimée
Jusque à la mort.

J'ai grand désir

J'ai grand désir
D'avoir plaisir
D'amour mondaine :
Mais c'est grand peine,
Car chaque loyal amoureux
Au temps présent est malheureux :
Et le plus fin
Gagne à la fin
La grâce pleine.

Je suis aimé de la plus belle

Je suis aimé de la plus belle
Qui soit vivant dessous les cieux :
Encontre tous faux envieux
Je la soutiendrai être telle.

Si Cupido doux et rebelle
Avait débandé ses deux yeux,
Pour voir son maintien gracieux,
Je crois qu'amoureux serait d'elle.

Vénus, la Déesse immortelle,
Tu as fait mon coeur bien heureux,
De l'avoir fait être amoureux
D'une si noble Damoiselle.


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