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Pierre de Ronsard !
![]() A Cassandre Mignonne, allons voir si la rose Qui ce matin avoit desclose Sa robe de pourpre au Soleil, A point perdu ceste vesprée Les plis de sa robe pourprée, Et son teint au vostre pareil. Las ! voyez comme en peu d'espace, Mignonne, elle a dessus la place Las ! las ses beautez laissé cheoir ! Ô vrayment marastre Nature, Puis qu'une telle fleur ne dure Que du matin jusques au soir ! Donc, si vous me croyez, mignonne, Tandis que vostre âge fleuronne En sa plus verte nouveauté, Cueillez, cueillez vostre jeunesse : Comme à ceste fleur la vieillesse Fera ternir vostre beauté. En vous donnant ce pourtraict mien Dame, je ne vous donne rien Car tout le bien qui estoit nostre Amour dès le jour le fit vostre Que vous me fistes prisonnier, Mais tout ainsi qu'un jardinier Envoye des presens au maistre De son jardin loüé, pour estre Toujours la grace desservant De l'heritier, qu'il va servant Ainsi tous mes presens j'adresse A vous Cassandre ma maistresse, Corne à mon tout, et maintenant Mon portrait je vous vois donnant : Car la chose est bien raisonnable Que la peinture ressemblable, Au cors qui languist en souci Pour vostre amour, soit vostre aussi. Mais voyez come elle me semble Pensive, triste et pasle ensemble, Portraite de mesme couleur Qu'amour a portrait son seigneur. Que pleust à Dieu que la Nature M'eust fait au coeur une ouverture, Afin que vous eussiez pouvoir De me cognoistre et de me voir ! Car ce n'est rien de voir, Maistresse, La face qui est tromperesse, Et le front bien souvent moqueur, C'est le tout que de voir le coeur. Vous voyriés du mien la constance, La foi, l'amour, l'obeissance, Et les voyant, peut estre aussi Qu'auriés de lui quelque merci, Et des angoisses qu'il endure : Voire quand vous seriés plus dure Que les rochers Caucaseans Ou les cruels flos Aegeans Qui sourds n'entendent les prieres Des pauvres barques marinieres. Je vous envoye un bouquet, que ma main Vient de trier de ces fleurs épanies; Qui ne les eust à ce vespre cuillies, Cheutes à terre elles fussent demain. Cela vous soit un exemple certain Que vos beautés, bien qu'elles soient fleuries En peu de tems cherront toutes flétries, Et comme fleurs, periront tout soudain. Le tems s'en va, le tems s'en va, ma Dame. Las ! le tems non, mais nous nous en allons, Et tost serons estendus sous la lame Et des amours desquelles nous parlons, Quand serons morts, n'en sera plus nouvelle : Pour-ce aimés moy, ce-pendant qu'estes belle. Ma plume sinon vous ne sait autre sujet, Mon pied sinon vers vous ne sait autre voyage, Ma langue sinon vous ne sait autre langage, Et mon oeil sinon vous ne connaît autre objet. Si je souhaite rien, vous êtes mon souhait, Vous êtes le doux gain de mon plaisir dommage, Vous êtes le seul but o`vise mon courage, Et seulement en vous tout mon rond se parfait. Te regardant assise auprès de ta cousine, Belle comme une aurore, et toi comme un soleil, Je pensai voir deux fleurs d'un même teint pareil, Croissantes en beauté, l'une à l'autre voisine. La chaste, sainte, belle et unique Angevine, Vite comme un éclair sur moi jeta son oeil, Toi, comme paresseuse et pleine de sommeil, D'un seul petit regard tu ne m'estimais digne. Tu t'entretenais seule au visage abaissé, Pensive toute à toi, n'aimant rien que toi-même, Dédaignant un chacun d'un sourcil ramassé. Comme une qui ne veut qu'on la cherche ou qu'on l'aime. J'eus peur de ton silence et m'en allai tout blême, Craignant que mon salut n'eût ton oeil offensé. |
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