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Pierre de Ronsard !

Après une enfance heureuse en Vendômois où il est né en 1524, Pierre de Ronsard doit renoncer au métier des armes et à la diplomatie, en raison d'une surdité précoce. Tonsuré, il perçoit des bénéfices ecclésiastiques qui lui assurent la sécurité matérielle. Il se passionne alors pour les lettres antiques et devient poète officiel de Charles IX. Disciple de Pétrarque, le "prince des poètes, poète des princes" chante l'amour jusqu'à sa mort, en 1585.

Mignonne, allons voir si la rose

A Cassandre

Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avoit desclose
Sa robe de pourpre au Soleil,
A point perdu ceste vesprée
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vostre pareil.

Las ! voyez comme en peu d'espace,
Mignonne, elle a dessus la place
Las ! las ses beautez laissé cheoir !
Ô vrayment marastre Nature,
Puis qu'une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir !

Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que vostre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez vostre jeunesse :
Comme à ceste fleur la vieillesse
Fera ternir vostre beauté.

Ode à Cassandre

En vous donnant ce pourtraict mien
Dame, je ne vous donne rien
Car tout le bien qui estoit nostre
Amour dès le jour le fit vostre
Que vous me fistes prisonnier,
Mais tout ainsi qu'un jardinier
Envoye des presens au maistre
De son jardin loüé, pour estre
Toujours la grace desservant
De l'heritier, qu'il va servant
Ainsi tous mes presens j'adresse
A vous Cassandre ma maistresse,
Corne à mon tout, et maintenant
Mon portrait je vous vois donnant :
Car la chose est bien raisonnable
Que la peinture ressemblable,
Au cors qui languist en souci
Pour vostre amour, soit vostre aussi.
Mais voyez come elle me semble
Pensive, triste et pasle ensemble,
Portraite de mesme couleur
Qu'amour a portrait son seigneur.
Que pleust à Dieu que la Nature
M'eust fait au coeur une ouverture,
Afin que vous eussiez pouvoir
De me cognoistre et de me voir !
Car ce n'est rien de voir, Maistresse,
La face qui est tromperesse,
Et le front bien souvent moqueur,
C'est le tout que de voir le coeur.
Vous voyriés du mien la constance,
La foi, l'amour, l'obeissance,
Et les voyant, peut estre aussi
Qu'auriés de lui quelque merci,
Et des angoisses qu'il endure :
Voire quand vous seriés plus dure
Que les rochers Caucaseans
Ou les cruels flos Aegeans
Qui sourds n'entendent les prieres
Des pauvres barques marinieres.

Je vous envoye un bouquet

Je vous envoye un bouquet, que ma main
Vient de trier de ces fleurs épanies;
Qui ne les eust à ce vespre cuillies,
Cheutes à terre elles fussent demain.

Cela vous soit un exemple certain
Que vos beautés, bien qu'elles soient fleuries
En peu de tems cherront toutes flétries,
Et comme fleurs, periront tout soudain.

Le tems s'en va, le tems s'en va, ma Dame.
Las ! le tems non, mais nous nous en allons,
Et tost serons estendus sous la lame

Et des amours desquelles nous parlons,
Quand serons morts, n'en sera plus nouvelle :
Pour-ce aimés moy, ce-pendant qu'estes belle.

Et seulement en vous tout mon rond se parfait

Ma plume sinon vous ne sait autre sujet,
Mon pied sinon vers vous ne sait autre voyage,
Ma langue sinon vous ne sait autre langage,
Et mon oeil sinon vous ne connaît autre objet.

Si je souhaite rien, vous êtes mon souhait,
Vous êtes le doux gain de mon plaisir dommage,
Vous êtes le seul but o`vise mon courage,
Et seulement en vous tout mon rond se parfait.

Te regardant assise auprès de ta cousine

Te regardant assise auprès de ta cousine,
Belle comme une aurore, et toi comme un soleil,
Je pensai voir deux fleurs d'un même teint pareil,
Croissantes en beauté, l'une à l'autre voisine.

La chaste, sainte, belle et unique Angevine,
Vite comme un éclair sur moi jeta son oeil,
Toi, comme paresseuse et pleine de sommeil,
D'un seul petit regard tu ne m'estimais digne.

Tu t'entretenais seule au visage abaissé,
Pensive toute à toi, n'aimant rien que toi-même,
Dédaignant un chacun d'un sourcil ramassé.

Comme une qui ne veut qu'on la cherche ou qu'on l'aime.
J'eus peur de ton silence et m'en allai tout blême,
Craignant que mon salut n'eût ton oeil offensé.



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