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Maurice Scève !
![]() Comme des rais du soleil gracieux Se paissent fleurs durant la Primevère. Je me récrée aux rayons de ses yeux, Et loin, et près autour d'eux persévère. Si que le coeur, qui en moi la révère, La me fait voir en cette même essence Que ferait l'oeil, par sa belle présence, Que tant j'honore, et que tant je poursuis : Par quoi de rien ne me nuit son absence, Vu qu'en tous lieux, malgré moi, je la suis. Au moins toi, claire et heureuse fontaine, Et vous, ô eaux fraîches et argentines, Quand celle en vous - de tout vice lointaine - Se vient laver ses deux mains ivoirines, Ses deux soleils, ses lèvres corallines, De Dieu créées pour ce monde honorer, Devriez garder pour plus vous décorer L'image d'elle en vos liqueurs profondes. Car plus souvent je viendrais adorer Le saint miroir de vos sacrées ondes. En tel suspens ou de non ou d'oui, Je veux soudain et plus soudain je n'ose. L'un me rend triste, et l'autre réjoui Dépendant tout de liberté enclose. Mais si je vois n'y pouvoir autre chose, Je recourrai à mon aveugle juge. Réfrénez donc, mes yeux, votre déluge : Car ce mien feu, malgré vous, reluira. Et le laissant à l'extrême refuge, Me détruisant, en moi se détruira. En toi je vis, où que tu sois absente : En moi je meurs, où que soye présent. Tant loin sois-tu, toujours tu es présente : Pour près que soye, encore suis-je absent. Et si nature outragée se sent De me voir vivre en toi trop plus qu'en moi : Le haut pouvoir qui, oeuvrant sans émoi, Infuse l'âme en ce mien corps passible, La prévoyant sans son essence en soi, En toi l'étend comme en son plus possible. Le jour passé de ta douce présence Fut un serein en hiver ténébreux, Qui fait prouver la nuit de ton absence A l'oeil de l'âme être un temps plus ombreux, Que n'est au Corps ce mien vivre encombreux, Qui maintenant me fait de soi refus. Car dès le point, que partie tu fus, Comme le Lièvre accroupi en son gîte, Je tends l'oreille, oyant un bruit confus, Tout éperdu aux ténèbres d'Egypte. |
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