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Bernart de Ventadour !

Seigneur et ami de Guillaume d'Aquitaine ou fils de domestique, devenu l'intime d'Aliénor d'Aquitaine par la grâce de son talent ? La vie de l'homme reste obscure mais sa poésie musicale et sensible en fait l'un des troubadours les plus célèbres du XII siècle. Son nom, également connu sous la forme de Ventadorn, évoque ses origines occitanes.

Nuit et jour je médite

Nuit et jour je médite et pense et veille,
Plains et soupire et puis m'apaise;
Quand mieux m'advient j'en retire peine,
Mais une bonne attente m'éveille
Dont mes chagrins s'apaisent,
Fol, pourquoi me dire que j'en retire du mal :
Car si noble amour me l'envoie
Que l'envoi seul m'est un gain.

Que ma Dame ne s'émerveille
Si je lui demande son amour et un baiser,
Contre la folie dont je parle
Ce sera gente merveille
Si elle m'accole et me baise,
Dieu puisse-t'on se récrier déjà
(Ah,tel vous voie et tel vous ai vu !)
Pour le bonheur que l'on voit en moi !

Noble amour, je me fais votre compagnon
Car ce n'est ni promesse ni sort
Mais ce qui plaît à votre grâce
(Dieu je le crois m'en gratifie)
Que si noble amour soit mon sort.
Ah ! Dame, par pitié vous prie
Qu'ayez pitié de votre ami
Qui vous demande grâce si doucement !

Bernart demande grâce a sa dame
Qui si doucement lui fait grâce

Et si je ne la vois d'ici peu
Je ne crois pas que je la verrai de longtemps.

J'ai tant d'amour au coeur

J'ai le coeur si plein de joies
Qu'il transmue Nature ;
Le froid me paraît fleur blanche
Et jaune et vermeille,
Avec le vent et la pluie
Mon bonheur s'accroît
Mon chant s'en exalte et monte
Et mon prix s'épure.
J'ai tant d'amour au coeur,
de joie et de douceur
Que le gel me semble fleur
La neige verdure (...)



Ah Dieu ! que ne suis-je une hirondelle
Pour traverser l'air,
Voler dans la nuit profonde
Jusqu'en sa demeure ?
Douce dame, si heureuse,
Votre amant se meurt
Je crains que mon coeur ne fonde
Si ce mal dure.
Je vous aime, mains jointes,
Madame et vous adore !
Beau corps aux fraîches couleurs,
Que mal vous me faites !

Au monde il n'est nul tracas
Qui m'occupe tant,
Que si j'entends parler d'elle
Mon coeur ne s'y tourne.
Aussitôt mon visage s'éclaire,

Et toi que je dise,
A m'entendre vous croirez
Que je songe à rire
Si pur est mon amour
Que maintes fois j'en pleure :
C'est que pour moi les soupirs
Ont saveur meilleure.

Messager, va et cours,
Et dis à la plus belle
Que je souffre pour elle
Douleur et martyre.



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