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Bernart de Ventadour !
![]() Nuit et jour je médite et pense et veille, Plains et soupire et puis m'apaise; Quand mieux m'advient j'en retire peine, Mais une bonne attente m'éveille Dont mes chagrins s'apaisent, Fol, pourquoi me dire que j'en retire du mal : Car si noble amour me l'envoie Que l'envoi seul m'est un gain. Que ma Dame ne s'émerveille Si je lui demande son amour et un baiser, Contre la folie dont je parle Ce sera gente merveille Si elle m'accole et me baise, Dieu puisse-t'on se récrier déjà (Ah,tel vous voie et tel vous ai vu !) Pour le bonheur que l'on voit en moi ! Noble amour, je me fais votre compagnon Car ce n'est ni promesse ni sort Mais ce qui plaît à votre grâce (Dieu je le crois m'en gratifie) Que si noble amour soit mon sort. Ah ! Dame, par pitié vous prie Qu'ayez pitié de votre ami Qui vous demande grâce si doucement ! Bernart demande grâce a sa dame Qui si doucement lui fait grâce Et si je ne la vois d'ici peu Je ne crois pas que je la verrai de longtemps. J'ai le coeur si plein de joies Qu'il transmue Nature ; Le froid me paraît fleur blanche Et jaune et vermeille, Avec le vent et la pluie Mon bonheur s'accroît Mon chant s'en exalte et monte Et mon prix s'épure. J'ai tant d'amour au coeur, de joie et de douceur Que le gel me semble fleur La neige verdure (...) Ah Dieu ! que ne suis-je une hirondelle Pour traverser l'air, Voler dans la nuit profonde Jusqu'en sa demeure ? Douce dame, si heureuse, Votre amant se meurt Je crains que mon coeur ne fonde Si ce mal dure. Je vous aime, mains jointes, Madame et vous adore ! Beau corps aux fraîches couleurs, Que mal vous me faites ! Au monde il n'est nul tracas Qui m'occupe tant, Que si j'entends parler d'elle Mon coeur ne s'y tourne. Aussitôt mon visage s'éclaire, Et toi que je dise, A m'entendre vous croirez Que je songe à rire Si pur est mon amour Que maintes fois j'en pleure : C'est que pour moi les soupirs Ont saveur meilleure. Messager, va et cours, Et dis à la plus belle Que je souffre pour elle Douleur et martyre. |
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