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Abraham de Vermeil !
![]() Je chante et je pleure, et je veux faire et défaire, J'ose et je crains, et je fuis et je suis, J'heurte et je cède, et j'ombrage et je luis, J'arrête et je cours, je suis pour et contraire Je veille et je dors, et suis grand et vulgaire, Je brûle et gèle, et je puis et ne puis, J'aime et je hais, je conforte et je nuis, Je vis et meurs, j'espère et désespère. Puis de ce tout étreint, sous le pressoir, J'en tire un vin ores blanc ores noir, Et de ce vin j'enivre ma pauvre âme, Qui chancelant d'un ou d'autre côté, Va et revient comme un esquif tempêté, Veuf de nocher, de timon et de rame. Un jour mon beau Soleil mirroit sa tresse blonde Aux rais du grand Soleil qui n'a point de pareil : Le grand Soleil aussi mirroit son teint vermeil Au Ray de mon Soleil que nul ray ne seconde : Mon Soleil au Soleil était Soleil et onde : Le grand Soleil était son onde et son Soleil : Le Soleil se disait le Soleil nom pareil : Mon Soleil se disait le seul Soleil du monde : Soleil ardents laissez ces bruits contentieux, L'un est Soleil en terre et l'autre luit aux Cieux : L'un est Soleil des corps, l'autre Soleil de l'âme : Mais si vous débattez, Soleils, qui de vous deux Est Soleil plus luisant et plus puissant de feux, Soleil tes jours sont nuit comparés à Madame. Le baiser en Amour est l'octave en Musique, Vous en avez pris un, et vous en voulez deux ; Pourquoi énervez-vous les accords amoureux, C'est pêcher, disiez-vous, contre la Théorique. Non je ne baise point qu'en pure Arithmétique, Répondis-je soudain, deux baisers savoureux Font nombre, l'unité est un rien mal heureux Payez moi, vous devez une chose Physique. Que vous este mauvais, répliquâtes vous ors, Qui pourrait résister à arguments si forts, Qui me font succomber en si juste querelle ? Moi répondit Amour, et d'un dard furieux, Qu'il trempa plusieurs fois aux flammes de vos yeux, Il m'enfonça le coeur d'une plaie immortelle. Je m'embarque joyeux, et ma voile pompeuse M'ôte déjà la terre et me donne les mers, Je ne vois que le ciel uni aux sillons pers : C'est le premier état de mon âme amoureuse. Puis je vois s'élever une vapeur confuse, Ombrageant tout le ciel qui se fend en éclairs, Le tonnerre grondant s'anime par les airs C'est le second état dont elle est langoureuse. Le troisième est le flot hideusement frisé, Le mât rompu des vents et le timon brisé, Le navire enfondrant, la perte de courage. Le quatrième est la mort entre les flots salés, Abattus, rebattus, vomis et avalés ; Bref mon amour n'est rien qu'un horrible naufrage. Ce n'est pas le trépas, c'est un très doux sommeil Qui bannit peu à peu l'éclair de ma paupière, Adieu ; je vais jouir d'une douce lumière, Attendant que ce corps s'anime de réveil. Ami, ne pleure plus, ton amour non pareil Recevra sa couronne au bout de la carrière : Ainsi passait ma belle, et sa douce manière Arrêtait de pitié la course du soleil. Hélas ! à son partir l'Amour partit du monde, La clarté chut du ciel et se noya dans l'onde, La mort depuis ce jour est le miel de mon coeur : Il ne m'est plus resté qu'une langueur extrême, Qui me fait méconnaître un chacun et moi-même, Et le ciel s'embellit de mon long crève-coeur. |
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